Vendredi 28 septembre 2007
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Attention, teasing pour l’expo à ne pas louper, la rétrospective consacrée à Gustave Courbet au Grand Palais à Paris qui débute le 15 octobre. Trente ans qu’une monographie ne lui avait pas été consacrée et pour l’occasion 120 peintures, 60 photographies et une trentaine d’œuvres graphiques seront réparties selon huit axes :
L’invention de Courbet : les autoportraits de jeunesse.
De l’intime à l’Histoire
Les manifestes
Paysages
La tentation moderne
Le nu, la tradition transgressée.
Le peintre en chasseur mélancolique.
L'expérience de l'histoire : Courbet et la Commune
L’occasion, j’espère, de découvrir ou redécouvrir ce peintre du XIXème qui fit scandale au Salon de Peinture de 1850 avec Un enterrement à Ornans, jugé trivial et laid, mais véritable manifeste de l’artiste pour le mouvement réaliste qu’il défend. Le tableau est immense (7 mètres sur 3) et met en scène un enterrement, sujet effroyablement banal. Ce format imposant était alors réservé aux œuvres historiques et mythologiques ainsi qu’aux œuvres religieuses, qui appartiennent au registre du Sublime. Ici, la scène représente l’instant qui précède la mise en terre du défunt, il se déroule à Ornans, ville natale de Courbet, soit une bourgade provinciale et sujet relevant de l’anecdote. Première faute de goût aux yeux des critiques.
Les personnages se répartissent en trois groupes : les représentants du clergé et les porteurs du cercueil, les hommes et les femmes. Trois personnages se détachent : le prêtre, le révolutionnaire et le fossoyeur. Le prêtre tient dans ses mains sans doute un bréviaire, il se tient juste devant le porte-croix., ses mains sont dirigées vers le haut, le spirituel. Face à lui se tient le révolutionnaire au pied duquel est représenté un chien. La main et le regard de l’homme sont dirigés vers le trou béant. Le troisième personnage à être mis en avant est le fossoyeur. Il se situe entre le groupe du clergé et celui des hommes. Il est représenté dans une attitude de génuflexion ce qui pourrait pousser à croire qu’il participe à la cérémonie religieuse qui se déroule, mais si l’on regarde plus avant son comportement, on s’aperçoit que sa main est solidement posée sur le haut de sa cuisse et que sa tête est tournée vers le cercueil. Il est dans une attitude d’attente, dans sa fonction la plus concrète. Il participe à la désacralisation de l’événement.
Une désacralisation parce que Courbet évacue toute spiritualité du tableau. La croix semble plantée sur les collines de l’arrière-plan rappelant ainsi l’endroit de crucifixion du Christ, le Golgotha. Si l’on revient aux origines du nom, il signifie « crâne », elle rentre en résonance avec le drap blanc orné de deux os croisés (symbole franc-maçonnique). Par ce truchement de symboles, le mort est représenté par des ossements et non plus par son « âme ». De plus, ce n’est pas vers la croix que le regard du spectateur est attiré mais vers le trou du premier plan. Le fossoyeur donc se tient au-dessus de cette future sépulture redevenue, à la faveur du réalisme, très prosaïquement un trou béant. Le format écrasé du tableau (7 mètre de long sur 3 de hauteur), les collines de l’arrière-plan allongée, la répartition des personnages participent à la verticalité de l’ensemble. Le trou placé au centre du tableau finit d’empêcher toute élévation spirituelle. Et tout cela sans parler du chien, dont la présence incongrue et le détachement, sa tête est tournée vers le hors-cadre, en font un élément presque grotesque ramenant une nouvelle fois à la trivialité du tableau.
Par la mise en scène qui le « déspiritualise », l’enterrement n’est donc plus une affaire d’âme mais simplement de rites funéraires religieux. Et d’ailleurs qui est-ce que l’on enterre ? Un homme, une femme ? Courbet lui-même, le peintre a de nombreuses fois fait son autoportrait, la scène se déroule à Ornans et l’on sait qu’il a demandé aux habitants-figurants de ce tableau de venir poser pour lui les uns après les autres dans son atelier. Ce peut-être aussi l’enterrement d’un idéal politique. Courbet (qui participera à la Commune) a peint cette toile entre 1849 et 1850. La rupture de la fraternité républicaine, qui avait permis lors de la Révolution de février 1848 d’établir une Deuxième République, est consommée avec l’armée tirant sur les ouvriers parisiens durant les Journées de Juin la même année. La dernière barricade des insurgés tombe Faubourg Saint-Antoine et en décembre Napoléon III est élu au suffrage universel. Avec la chute de la Monarchie de Juillet c’est aussi la fin de l’idéal romantique. L’heure n’est plus aux épanchements de l’âme, aux rêveries mélancoliques et l’exaltation passionnée mais à la Révolution industrielle, les classes sociales commencent à émerger dans cette nouvelle société et l’artiste est appelé à dépeindre la réalité sans la sublimer. En littérature, le mouvement est déjà amorcé, Balzac a déjà publié Le Père Goriot et se complaît dans la description de la bourgeoisie de province mue par l’argent et l’iromie de Flaubert renvoie à ses songes romantiques Emma Bovary. Il se poursuit avec Zola et son naturalisme qui mettra lui aussi en scène la trivialité à travers notamment les romans « parisiens » de la saga des Rougon-Macquart tel que L’Assommoir.
Un enterrement à Ornans en cela est une œuvre-manifeste de Courbet dont il faut aller découvrir les autres œuvres. En l’occurrence, celle-ci ayant établi ses quartiers depuis longtemps déjà au Musée d’Orsay.
Bon maintenant que l'on s'est tous fait mal la tête, il est temps de partir pour la soirée "Filles de la SF" chez Mélanie, histoire d'arroser les neurones surchauffés.

Il y eut
Et le droit de réponse, alors!