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Art

Vendredi 20 juin 2008
Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours, hurlait (presque) Lamartine. Les jours passent, filent et je n’ai toujours pas parlé de l’expo photo de Bertrand au Katabar alors que le vernissage est ce soir.

Amateurs de fleurs de rouille, de rails aux destinations inconnues, de phares modernes et autres beautés industrielles, précipitez-vous au Katabar (37 rue Fontaine, Paris 9). Bonus, on peut picoler en se cultivant. Si c’est pas du dernier chic.

Séance de rattrapage : un second vernissage est prévu le jeudi 26 juin !

Et tout plein de bonus là, maintenant, tout de suite :

Le site de Bertrand


Le texte de Virginie :

« Quand le piéton photographe déraille aux abords de la cité, le voici sur les sillions de la ceinture : de pas en contorsions se dessine une ode aux paysages des contours oubliés où éclosent d’étranges fleurs industrielles. Rails, plantes, herbes, vis et boulons émergent ou subsistent, résistances au temps et aux variations de la cité.

La marche qui s’engage s’attache autant aux perspectives qu’aux détails. Le parti pris des séries révèle leurs mutations et celui de la macrophotographie fait de la matière le premier objet de contemplation.

Terrain vivant, terre de prédilection du photographe, la Petite Ceinture délaisse ses atours fantomatiques pour dévoiler de nouvelles vibrations.
Voici la marge au centre du regard. »

Quelques mises en bouche :













Par Miscellanées
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Samedi 31 mai 2008

J’ai toujours aimé mettre en rapport les œuvres picturales et leurs échos littéraires, et inversement. La peinture et la littérature n’ont jamais autant conversé ensemble qu’au XIXème, peut-être l’une des nombreuses caractéristiques qui font de ce siècle, de loin, mon préféré.

J’avais pu glisser dans mon mémoire de Maîtrise de Lettres modernes le décryptage de La Prune de Manet et Au Café, dit L'Absinthe de Degas. Et comme en ce moment, j’ai un mal fou à me concentrer, si j’attends de pouvoir écrire quelque chose de correct, on n’est pas rendu, j’vous l’dis. Donc, mon II. C) 2) La solitude comme seule perspective, motif littéraire et pictural. Hop, j’aurais quadruplé au moins le nombre de lecteurs de ce paragraphe (quelque peu remanié tout de même).




 

 

Après la publication de L’Assommoir en 1877, le nombre de tableaux ayant comme thèmes le débit de boissons (café, brasserie, mastroquet…) et l’alcool se multiplie. Le motif littéraire devient également pictural. Manet, Degas, Toulouse-Lautrec se sont certainement inspirés de ce roman novateur afin de composer leurs célèbres toiles mettant en scène des buveurs ou buveuses qui vont au-delà de la représentation du pittoresque, ils participent à la création d’un type nouveau de personnage.


On sait l’amitié qui liait Edouard Manet et Zola, le peintre fit un portrait de l’écrivain et sa toile intitulée Nana (1877) inspira l’héroïne du roman éponyme du romancier. La même année que la publication de L’Assommoir, Manet compose le tableau La Prune [1]. C’est un portrait qui met en scène une jeune femme attablée dans un café et rêvant devant son verre d’eau-de-vie. Sa pose a quelque chose de troublant, entre la candeur et la séduction. Elle paraît naïve et pourtant il se dégage d’elle un parfum d’érotisme. Elle a les yeux perdus dans une quelconque chimère de l’esprit, et l’on hésite à la voir comme amoureuse lascive ou comme prostituée prenant la pose. Rien ne permet de choisir. La femme buveuse d’alcool est très fortement sexualisée. Elle appartient au peuple, ses vêtements le prouvent, une robe toute simple et un petit chapeau noir. Elle a les fortes mains dénuées de grâce de l’ouvrière. Le cadre est un café, elle y est seule, dans un recoin. Le personnage occupe tout l’espace du tableau, ce qui retranscrit la solitude de la buveuse. Elle est enfermée dans sa rêverie née de son verre déjà à moitié vide. Le vague de ses yeux et le léger sourire qui naît sur ses lèvres laissent deviner une ivresse qui vient autant de l’illusion dont elle se berce que de l’alcool qui coule maintenant dans ses veines. Le titre est révélateur, le sujet est la prune, ce petit verre d’eau-de-vie, qui attire le regard du spectateur par le jeu des perspectives. C’est également les effets que son absorption provoque, ce que retranscrit la langueur de la femme qui est tout à la fois songeuse et amorphe. On pourrait parfaitement imaginer que cette toile de Manet condense dans l’espace-temps réduit du tableau, les scènes de soûlographie de Gervaise à l’Assommoir. Les éléments clefs sont cette prune qui rappelle la scène où Gervaise et Coupeau partagent « une prune[2] » et l’isolement de cette femme, coupée du monde qui l’entoure par l’alcool, qui sera celle de Gervaise lors des scènes de soûlographie dans l’établissement du père Colombe.

 




 

Un autre tableau révélateur de la solitude du buveur est Au café, dit L’Absinthe[3] d’Edgar Degas. On ne saurait mettre trop en avant les connivences entre Zola et Degas, ils se sont inspirés mutuellement et ont travaillé les mêmes thèmes. Zola puise chez ce peintre une partie de ses descriptions, que l’on peut qualifier d’impressionnistes, dans L’Assommoir. D’emblée les tableaux ayant pour sujet des blanchisseuses ou des repasseuses se présentent à l’esprit. Ils traitent de la même façon le thème de l’alcoolisme par la solitude à laquelle ils renvoient leurs personnages. Cette toile a pour décor le café de la Nouvelle Athènes, place Pigalle, dans lequel les peintres impressionnistes aiment à se réunir après avoir délaissé le café Guerbois en 1876. Ajoutons simplement que Degas a fait poser des amis pour cette œuvre, le graveur Marcellin Desboutin, et l’actrice Ellen Andrée. Le tableau met en scène deux personnages, une femme et un homme. Le peintre par le jeu des lignes de force du tableau, les tables vides au premier plan, les renvoie dans un coin du café. Ils semblent avoir été pris sur le vif, comme la buveuse de Manet. La table où l’on peut lire la signature de Degas est celle d’où part le champ de vision, comme si le peintre s’était attablé là et avait reproduit la scène qui se déroule sous ses yeux. L’impression de solitude qui se dégage du tableau est encore plus grande et plus perceptible que celle de La Prune. En effet, dans le tableau de Manet, le personnage est seul, ici ils sont deux. Loin d’être convivial et un liant social, l’alcool est ici une barrière, un cloisonnement. Les personnages ne se regardent pas, s’ignorent ou n’ont même pas conscience de la présence de l’autre bien qu’ils soient assis côte à côte. Enfermés dans leur hébétement, ils sont désespérément seuls. Leur positionnement suggère qu’ils  se connaissent, qu’ils sont venus ensemble. Ils sont attablés à la même table de café, et se tiennent proches l’un de l’autre alors que les autres places sont libres. Ils font partie du peuple, leur accoutrement défraîchi en témoigne. La femme a les épaules qui tombent, elle est avachie, dans une attitude de relâchement total. Tous deux sont enlaidis par l’alcool. Les cheveux de la femme s’échappent de sa coiffure, et l’homme les a totalement ébouriffés. L’alcool les rend négligents. Leur visage n’a aucune expression sinon celle de la torpeur. Leur regard est vide, vitreux, perdu dans une contemplation vague. On peut même dire qu’ils paraissent totalement abrutis par la liqueur. La scène est éminemment pathétique. Le verre d’absinthe, reconnaissable à sa couleur verte, la carafe qui a contenu l’eau qui a servi à la préparer, et l’autre verre de spiritueux, trônent sur les tables. Leur présence si voyante détermine leur statut de figures actancielles. Enfin, la solitude est amplifiée par la barrière des tables du premier plan qui isolent encore les personnages du spectateur du tableau. Tout n’est que désespoir et fatalité. Il est très intriguant de constater des similitudes frappantes avec L’Assommoir. L’ambiance générale qui se dégage du tableau rappelle fortement celle du roman de Zola. On ne peut se départir de cette idée. Le tableau a été vraisemblablement peint aux alentours de 1876, soit un an avant la parution en volume de L’Assommoir. Or, l’ouvrage est paru en feuilleton dès le 13 avril 1876 dans Le Bien public, on est donc en droit de penser que Degas l’aurait vraisemblablement lu et qu’il pourrait s’en être inspiré pour ce tableau qui est à l’image du couple de Gervaise et Coupeau.

 

La solitude des personnages clefs de L’Assommoir que sont Coupeau et Gervaise est vue à travers le regard de leur fille Nana qui les surprend dans l’établissement du père Colombe. Elle aperçoit sa mère assise « au fond, le nez dans sa goutte, avachie au milieu des engueulades d’hommes [4]». Gervaise, qu’elle aime encore, « dégringole [5]» alors dans son estime. Elle n’est plus que la caricature de sa mère, Nana à cet instant ne la respecte plus et choisit de fuir cette maison d’ivrognes. Passe encore que son père boive et la frappe ensuite en l’injuriant mais avoir tous les soirs le « beau tableau [du] papa pochard, [et de] la maman pocharde  [6]» sous les yeux, c’est trop. La figure la plus pathétique est d’ailleurs moins Coupeau que Gervaise, celle-ci « tassée sur une chaise, roul[e] la tête avec des yeux vagues et inquiétants ouverts sur le vide [7] ». Après s’être grisée avec Coupeau, Gervaise est renvoyée à une solitude qui lui ouvre les abîmes du dedans. Il en va de même pour Germinie Lacerteurx dont le visage « s’enferme et se retire en lui-même [8] ».

 

La peinture rend compte de manière plus frappante de la solitude du buveur. Contrairement à la littérature où la temporalité et l’enchaînement sont pris en compte, un tableau donne à voir directement et dans une ambiguïté moindre la conséquence de la consommation d’alcools forts : une solitude abyssale. Ainsi, le motif de l’alcool, qui est à la fois un motif littéraire et pictural en cette fin de XIXème siècle, n’apparaît-il jamais comme un liant social mais toujours comme une force qui désolidarise le buveur d’avec le reste de la société. On sait que la désolidarisation de l’individu du groupe est le point de départ de la décadence, cette perspective aboutit in fine au héros décadent.

 

 


[1] Huile sur toile, 74x49 cm, Washington, National Gallery  of Art, 1878

[2] L’Assommoir, Émile Zola, édition établie et annotée par Henri Mitterand, Préface de Jean-Louis Bory, Paris, Gallimard, coll. Folio, 1978, p.52

[3] Huile sur toile, 92x68 cm, Paris, Musée d’Orsay, vers 1876

[4] L’Assommoir, p.435

[5] L’Assommoir, p.435

[6] L’Assommoir, p.435

[7] L’Assommoir, p.436

[8] Germinie Lacerteux, Jules et Edmond de Goncourt, édition établie par Nadine Satiat, Paris, Flammarion, collection GF, 1990, p.240



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Dimanche 30 mars 2008


Rangement de bibliothèque pour la énième fois pour caser les bouquins achetés hier sur les quais. Et puis, je retombe sur Festins secrets de Pierre Jourde, un excellent roman, publié par L’Esprit des Péninsules (encore moribonde ou définitivement enterrée ?
Ha non ! Merveilleuse nouvelle pour un dimanche pluvieux) et dispo en poche. Et comme pour une fois, je m’étais foulée d’une petite chronique, je vais faire du neuf avec du vieux et l’on mettra cette flemmite aiguë sur le compte de cette heure, ô combien précieuse, cruellement volée.  







Logres : « Cette ville est, comment dirais-je, délétère. Intimement, elle pue. Une fois qu’on y est plongé, elle vous ronge, elle vous dissout. »

Pierre Jourde est professeur de littérature à l’Université de Grenoble III. Il est également l’auteur de deux essais drôles et méchamment ironiques, ouvertement polémiques où il fustigeait les « grandsécrivains » du XXIème siècle consacrés par une petite partie – mais au pouvoir démesuré – de la critique française dont la chef de file est Josiane Savigneau avec son organe de propagande littéraire Le Monde des Livres. Le premier, La Littérature sans estomac (L’Esprit des Péninsules) a d’ailleurs obtenu le Prix de la Critique de l’Académie française et le second,
Précis de littérature française du XXIème siècle (Mots & Cie) a été co-écrit par Eric Naulleau.

Il a également publié des ouvrages de critique littéraire notamment sur des auteurs de la Décadence tels que Huysmans,
Huysmans : A Rebours, l’identité impossible (Champion), ou Vialatte, L’Opérette métaphysique d’Alexandre Vialatte (Champion). Après la parution confidentielle de ses deux premiers récits, Courage de clowns (L’Harmattan) et Dans mon chien (Parc), Pays perdu (L’Esprit des Pénisules) lui apporte une petite renommée. La raison en est avant tout fallacieuse. Après avoir fustigé certains romanciers contemporains, certains l’attendent de pied ferme. Les attaques les plus virulentes ne viendront pourtant pas de l’auto proclamée élite de la critique française mais des habitants du village qu’il décrit qui tenteront même un lynchage physique de l’auteur. Comme quoi, contrairement à ce que soutenait Descartes, ce n’est pas le bon sens qui est la chose la mieux partagée mais bien la bêtise.

« A se demander si […] la ville ne t’empêchait pas de sortir du cercle magique qu’elle a tracé autour de toi. Tu as besoin de Logres, tu appartiens à cette ville, aussi répugnante qu’elle soit. »

Gilles Saurat est un jeune professeur agrégé de Lettres. Tout juste sorti de Normal Sup’ et une thèse en cours, il est muté à Logres. Dans le train qui l’emmène vers la provinciale ville, il fait la connaissance d’un vieil homme qui lui en brosse un tableau noir aussi bien de son triste paysage que de ses sombres habitants.

Sur place, son enthousiasme à transmettre les subtilités de la langue et de la littérature françaises se heurte à des élèves de ZEP brutaux, au vocabulaire et à la pensée limités. Les arcanes et les circulaires hiéroglyphiques de l’IUFM ne lui seront d’aucun secours, ce qui n’étonne en aucune façon son collègue Zablanski, utopiste passé de l’autre côté du miroir.

Le reste de son temps, il le passe à côtoyer les membres de la bourgeoisie locale lors de fastueux dîners organisés par sa logeuse, la veuve froide dont le mari a mystérieusement disparu en mer. Dans cette vaste demeure, il découvre peu à peu la troublante collection de manuscrits du XVIIIème ainsi que les arborescences sans fin des fichiers de l’ordinateur de l’intrigant maître de maison. A peine remis d’une rupture amoureuse qui n’en finit pas de se consumée, il redécouvre le plaisir dans des rencontres sensuelles nocturnes et anonymes.

Lentement, lascivement, violemment ou insidieusement, Logres tisse sa toile de folie autour de Gilles.

Fantasmes, fantasmagorie, contamination du réel, entrelacements de discours et recherche désespérée d'une pureté à jamais perdue.

Logres, la ville qui condense toutes les horreurs de la société moderne, celle qui dévore ses habitants ou qui les englue. Son lycée peuplé de pantins décérébrés terrorisant et humiliant l’équipe de professeurs progressifs, les poussant dans les limites de leurs retranchements pour les envoyer au final dans une maison de repos. Recours impossible auprès de l’Education nationale, machine administrative au système tentaculaire, impénétrable, kafkaïen, quintessence de la société contemporaine qui prend dans sa toile le jeune professeur perdu dans ses couloirs labyrinthiques. Le Système éducatif et ses termes vidés de sens, ses sigles obscurs, déréalisants, ses mots absurdes pour désigner des élèves qui n’en sont plus, des « apprenants » qui rejettent toute forme de culture, de savoir, une entreprise massive de nivellement par le bas pour éviter que le citoyen soit doué de pensée et enfin indépendant.

Jourde pousse au paroxysme les scènes qui se déroulent au collège. L’activité diurne de son anti-héros est d’un réalisme qui frise la caricature ou le grotesque. Et que dire du réseau de notables qui figurent une société déliquescente où les bassesses s’avouent autour de repas aux invités aussi faisandés que les viandes pourrissantes qui leur sont servies. Le seul refuge possible est l’ombre, la pureté de la nuit où les aventures mi-réelles mi-fantasmées de Seurat sont un rempart à la médiocrité actuelle. Bientôt, pourtant, ce refuge sera lui aussi contaminé par le malsain.

Le roman sombre sournoisement dans le fantastique. Des sonneries de téléphone longues et impérieuses qui résonnent dans la vaste demeure aux rencontres mi-réelles, mi-fantasmées de Gilles, le récit coule doucement vers la folie, démon personnel qui prépare la chute de la raison. Fantasme et réalité se confondent dans la arachnéenne ville de Logres. La nuit, propice aux aventures sexuelles étranges, à une Eurydice invisible et chaude. Les rendez-vous nocturnes de Gilles dans la grotte, passage entre deux mondes et dernier lieu d’un semblant de pureté, rythment le récit. Ces rendez-vous bientôt substitués par d’autres, plus violents et pathétiques avec la veuve froide aux désirs singuliers.

Cependant,
Festins secrets est avant tout un roman de discours. Entièrement écrit à la seconde personne du singulier, ce « tu » équivoque et obsédant détruit l’illusion d’un roman dont le lecteur pourrait se protéger. Impitoyable, il brise autant les illusions de Seurat que celles du lecteur lui-même. Il force son anti-héros à se dévoiler, à ne plus se mentir à lui-même. Fascinant par l’enchevêtrement des discours qu’il propose, celui du narrateur, celui de l’utopiste aigri et cynique qu’est Zablanski, ceux des dîners, ceux des circulaires, ceux de l’ancienne compagne de Gilles. Le lecteur surnage au milieu de ces confrontations de points de vue, de ces dialogues qui n’en sont plus. Et s’abîme dans l’écriture précise, esthétisante, trouble, radicale et angoissante de Jourde, sauvé in extremis de la paranoïa qui suinte de Gilles. Glauque, froide, moite Jourde colore son roman d’une ambiance lourde et malsaine dont il est difficile de s’extraire. Festins secrets dévoile les arcanes de la folie dans une tragédie grotesque qui laissera sûrement son empreinte sur le lecteur exigeant.
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Vendredi 8 février 2008
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Braves gens, cessez sur le champ toute activité

L’infernal Patrick I. expose en ce moment même (et jusqu’au 15 mars) à Rennes dans le cadre du Festival de cinéma de Rennes Métropole, Traveling Buenos Aires.

Sous un titre un peu lambda, Buenos Aires, Une ville aux multiples facettes, se cachent des petites perles.

L’adresse pour les Rennais :

Le Carré des Arts
Centre culturel Pôle Sud
1 rue de la Conterie
35176 Chartres de Bretagne

Pour les autres, vous pouvez visiter l’expo sans même vous levez de votre chaise sur laquelle vous êtes confortablement installés.




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Samedi 15 décembre 2007
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Hier soir, je suis allée voir cette expo et c'était chouette. 

Pour les habiutués du Piano Vache , Bruno est barman la nuit et peintre  le jour.

Ses tableaux restent exposés jusqu'à dimanche, n'hésitez pas à aller y faire un tour...

Espace Imagine Hall
66 rue Ampère
75017 Paris







Et comme ça ne mange pas de pain, un petit aperçu de son travail :


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Vendredi 28 septembre 2007
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Attention, teasing pour l’expo à ne pas louper, la rétrospective consacrée à Gustave Courbet au Grand Palais à Paris qui débute le 15 octobre. Trente ans qu’une monographie ne lui avait pas été consacrée et pour l’occasion 120 peintures, 60 photographies et une trentaine d’œuvres graphiques seront réparties selon huit axes :

L’invention de Courbet : les autoportraits de jeunesse.
De l’intime à l’Histoire
Les manifestes
Paysages
La tentation moderne
Le nu, la tradition transgressée.
Le peintre en chasseur mélancolique.
L'expérience de l'histoire : Courbet et la Commune





L’occasion, j’espère, de découvrir ou redécouvrir ce peintre du XIXème qui fit scandale au Salon de Peinture de 1850 avec Un enterrement à Ornans, jugé trivial et laid, mais véritable manifeste de l’artiste pour le mouvement réaliste qu’il défend. Le tableau est immense (7 mètres sur 3) et met en scène un enterrement, sujet effroyablement banal. Ce format imposant était alors réservé aux œuvres historiques et mythologiques ainsi qu’aux œuvres religieuses, qui appartiennent au registre du Sublime. Ici, la scène représente l’instant qui précède la mise en terre du défunt, il se déroule à Ornans, ville natale de Courbet, soit une bourgade provinciale et sujet relevant de l’anecdote. Première faute de goût aux yeux des critiques.

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Les personnages se répartissent en trois groupes : les représentants du clergé et les porteurs du cercueil, les hommes et les femmes. Trois personnages se détachent : le prêtre, le révolutionnaire et le fossoyeur. Le prêtre tient dans ses mains sans doute un bréviaire, il se tient juste devant le porte-croix., ses mains sont dirigées vers le haut, le spirituel. Face à lui se tient le révolutionnaire au pied duquel est représenté un chien. La main et le regard de l’homme sont dirigés vers le trou béant. Le troisième personnage à être mis en avant est le fossoyeur. Il se situe entre le groupe du clergé et celui des hommes. Il est représenté dans une attitude de génuflexion ce qui pourrait pousser à croire qu’il participe à la cérémonie religieuse qui se déroule, mais si l’on regarde plus avant son comportement, on s’aperçoit que sa main est solidement posée sur le haut de sa cuisse et que sa tête est tournée vers le cercueil. Il est dans une attitude d’attente, dans sa fonction la plus concrète. Il participe à la désacralisation de l’événement.

Une désacralisation parce que Courbet évacue toute spiritualité du tableau. La croix semble plantée sur les collines de l’arrière-plan rappelant ainsi l’endroit de crucifixion du Christ, le Golgotha. Si l’on revient aux origines du nom, il signifie « crâne », elle rentre en résonance avec le drap blanc orné de deux os croisés (symbole franc-maçonnique). Par ce truchement de symboles, le mort est représenté par des ossements et non plus par son « âme ». De plus, ce n’est pas vers la croix que le regard du spectateur est attiré mais vers le trou du premier plan. Le fossoyeur donc se tient au-dessus de cette future sépulture redevenue, à la faveur du réalisme, très prosaïquement un trou béant. Le format écrasé du tableau (7 mètre de long sur 3 de hauteur), les collines de l’arrière-plan allongée, la répartition des personnages participent à la verticalité de l’ensemble. Le trou placé au centre du tableau finit d’empêcher toute élévation spirituelle. Et tout cela sans parler du chien, dont la présence incongrue et le détachement, sa tête est tournée vers le hors-cadre, en font un élément presque grotesque ramenant une nouvelle fois à la trivialité du tableau.

Par la mise en scène qui le « déspiritualise », l’enterrement n’est donc plus une affaire d’âme mais simplement de rites funéraires religieux. Et d’ailleurs qui est-ce que l’on enterre ? Un homme, une femme ? Courbet lui-même, le peintre a de nombreuses fois fait son autoportrait, la scène se déroule à Ornans et l’on sait qu’il a demandé aux habitants-figurants de ce tableau de venir poser pour lui les uns après les autres dans son atelier. Ce peut-être aussi l’enterrement d’un idéal politique. Courbet (qui participera à la Commune) a peint cette toile entre 1849 et 1850. La rupture de la fraternité républicaine, qui avait permis lors de la Révolution de février 1848 d’établir une Deuxième République, est consommée avec l’armée tirant sur les ouvriers parisiens durant les Journées de Juin la même année. La dernière barricade des insurgés tombe Faubourg Saint-Antoine et en décembre Napoléon III est élu au suffrage universel. Avec la chute de la Monarchie de Juillet c’est aussi la fin de l’idéal romantique. L’heure n’est plus aux épanchements de l’âme, aux rêveries mélancoliques et l’exaltation passionnée mais à la Révolution industrielle, les classes sociales commencent à émerger dans cette nouvelle société et l’artiste est appelé à dépeindre la réalité sans la sublimer. En littérature, le mouvement est déjà amorcé, Balzac a déjà publié Le Père Goriot et se complaît dans la description de la bourgeoisie de province mue par l’argent et l’iromie de Flaubert renvoie à ses songes romantiques Emma Bovary. Il se poursuit avec Zola et son naturalisme qui mettra lui aussi en scène la trivialité à travers notamment les romans « parisiens » de la saga des Rougon-Macquart tel que L’Assommoir.

Un enterrement à Ornans en cela est une œuvre-manifeste de Courbet dont il faut aller découvrir les autres œuvres. En l’occurrence, celle-ci ayant établi ses quartiers depuis longtemps déjà au Musée d’Orsay.

Bon maintenant que l'on s'est tous fait mal la tête, il est temps de partir pour la soirée "Filles de la SF" chez Mélanie, histoire d'arroser les neurones surchauffés.
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